Entretien avec Daniel Rohrer – CARA

Entretien avec Daniel Rohrer – CARA

Temps de lecture : 5 minutes

En 2021, le dossier électronique du patient verra le jour en Suisse. Cette plateforme digitale fortement voulue par la Confédération promet de mettre le patient au centre du processus de soins et d’améliorer la coordination entre les acteurs sanitaires. Pour mieux comprendre comment le dossier électronique du patient pourra atteindre cet objectif et analyser les avantages pour les seniors, nous avons interviewé Daniel Rohrer, chargé de missions chez CARA, la communauté de référence intercantonale romande responsable de la gestion et la diffusion du dossier électronique du patient.

Qu’est-ce que c’est le dossier électronique du patient ?
Le dossier électronique du patient (DEP) sera dans un futur très proche le moyen pour les patients pour accéder à leurs propres informations de santé de manière simple et sécurisée et pour les partager avec les professionnels de leur choix et en qui ils ont confiance. Cela implique le passage d’un fonctionnement où l’information sur la santé du patient transite entre différents prestataires mais rarement auprès du patient lui-même, à un système où c’est le patient qui va être au cœur de l’échange d’information qui le concerne.

Concrètement, l’accès au DEP se fait via une plateforme en ligne sécurisée et un moyen d’identification électronique avec un processus qui rassemble à celui de l’e-banking. Une fois connecté, la personne peut gérer son DEP, consulter les informations sur sa santé, ajouter ou supprimer un document, donner les droits d’accès aux professionnels de la santé, etc.

Qui peut ouvrir une DEP ?
Le DEP peut être ouvert par toute personne possédant un numéro AVS. Le numéro AVS permet de garantir qu’il y ait un seul DEP pour un patient, ce qui évite les doublons entre plusieurs dossiers. Les mineurs et les personnes sans capacité de discernement peuvent aussi ouvrir un DEP à travers un représentant qui peut gérer le DEP pour euxn ligne via un formulaire sur le site de CARA, ou alors dans certaines institutions de santé. Une fois le DEP créé, le patient sera invité à se procurer un moyen d’identification électronique pour lequel il sera nécessaire de procéder à une vérification de l’identité dans un endroit défini par le canton concerné.

Pourquoi une personne âgée devrait-elle avoir intérêt à ouvrir un DEP ?
Pour une personne âgée c’est intéressant d’avoir un DEP parce qu’à priori la prise en charge médicale augmente tendanciellement avec l’âge. Ce n’est pas une règle absolue mais on voit qu’avec l’avancement de l’âge il y a de plus en plus de prestataires de soins qui vont participer à la prise en charge de la personne. Compte tenu de ce nombre plus important de prestataires de soins impliqués, l’échange d’information s’avère très important pour assurer une prise en charge coordonnée et de qualité.

Qui peut accéder au DEP ?
Au moment de l’ouverture du DEP, c’est uniquement le patient lui-même ou son représentant s’il en a un qui peut accéder au DEP. Ensuite, le patient peut choisir les professionnels de santé ou les groupes de professionnels de santé (p.ex. une clinique ou un service d’aide et soins à domicile) à qui il veut donner un droit d’accès. Les professionnels de la santé doivent être reconnus légalement. Les employeurs, les assureurs maladie et l’Etat ne font pas partie du système et ne peuvent pas accéder au DEP.

Quel rôle les seniors peuvent-ils jouer dans la gestion de leurs données sanitaires ?
C’est très variable selon les personnes mais je pense qu’il y aura des personnes qui voudront gérer elles-mêmes leur dossier et d’autres qui préféreront laisser à une personne de confiance (un représentant) le soin de le gérer. Parmi les personnes âgées il y a des personnes qui ont déjà connu une prise en charge médicale, ou qui sont actuellement en cours de traitement et qui ont une certaine expérience et expertise de leur propre santé. Ces personnes peuvent ainsi juger de ce qu’il leur semble important dans leur santé et à quel professionnel de santé ou à quelle institution ils font confiance. Je pense que ces personnes auront une réelle plus-value dans la gestion de leurs propres données dans le DEP. Les personnes âgées peuvent aussi jouer un rôle important en incitant leurs professionnels de la santé à participer au DEP et à y partager leurs informations de santé.

Est-ce que l’ouverture du DEP est obligatoire et payante ?
CARA et ses cantons membres (VD, GE, VS, FR, JU) sont dans une démarche de santé publique. Le DEP de CARA est gratuit. Les cantons membres se sont également engagés à offrir gratuitement le moyen d’identification électronique aux patients.

Comment une personne qui n’utilise pas internet peut accéder au DEP ?
Les personnes qui n’ont pas d’accès à internet, peuvent désigner un représentant (p.ex. un conjoint, un enfant, un représentant thérapeutique ou un professionnel de la santé) qui peut accéder à son DEP et le gérer à sa place. Le représentant pourra ainsi informer le patient des informations téléchargés dans son DEP et le gérer selon ses volontés. CARA va également encourager la fourniture de formations pour les patients afin de limiter la fracture numérique.

Comment CARA assure que les données soient archivées et utilisées dans le respect des normes de sécurité ?
La question de la sécurité et de la protection des données est primordiale. Premièrement il existe une loi fédérale spécifique pour nos activités qui précise comment nous devons assurer la sécurité des informations. Les données doivent notamment être traitées et hébergées en Suisse. Ces obligations légales en termes de sécurité vont très loin et elles sont vérifiées régulièrement par un organe externe dans le cadre du processus de certification. CARA sous-traite la plateforme informatique à La Poste qui, par leur expérience avec Post Finance, est en mesure de fournir l’infrastructure technique conforme aux normes de sécurités.

Quand le DEP sera-t-il introduit en Suisse romande ?
CARA est en cours de certification et prévoit de pouvoir ouvrir les premiers DEP au premier semestre 2021. Les personnes pourront ouvrir leur DEP en ligne via un formulaire sur le site de CARA, ou alors dans certaines institutions de santé. Une fois le DEP créé, le patient sera invité à se procurer un moyen d’identification électronique pour lequel il sera nécessaire de procéder à une vérification de l’identité dans un endroit défini par le canton concerné.

Daniel Rohrer, chargé de missions chez CARA

Entretien avec Nathalie Nyffeler – HEIG-VD

Entretien avec Nathalie Nyffeler – HEIG-VD

Temps de lecture : 5 minutes

Professeure à la Haute Ecole d’Ingénierie et de Gestion du Canton de Vaud (HEIG-VD) et experte des questions de marketing et innovation, Nathalie Nyffeler a récemment pris ses fonctions en tant que responsable de la cellule Innovation et Entrepreneuriat à la HEIG-VD.

Nathalie Nyffeler, vous avez récemment pris le poste de responsable de la cellule Innovation et Entrepreneuriat à la HEIG-VD. De quoi allez-vous vous occuper ?
Mon travail s’articule autour de trois piliers. Le premier pilier est lié à l’entrepreneuriat. L’idée est de transformer les technologies et les compétences qui existent dans les instituts de recherche de la HEIG-VD en innovations pérennes. Dans un premier temps, on va identifier les technologies et les porteurs de projet qui ont la maturité nécessaire pour pouvoir intégrer un incubateur d’entreprises (structure d’accompagnement de projets de création d’entreprises), comme par exemple celui d’Yverdon-les-Bains, le Y-START. Pour ce faire, on a un pré-incubateur à la HEIG-VD qui s’appelle STarmac et qui permet de stimuler et d’accompagner les projets d’innovation. Mon rôle est d’identifier les talents, les compétences et les projets qui ont le potentiel pour intégrer notre pépinière (STarmac) et de les préparer à rejoindre un incubateur comme celui à l’Y-PARC d’Yverdon, une fois qu’ils sont suffisamment solides.

Un deuxième pilier concerne le renforcement de la culture de l’innovation au sein de la HEIG-VD. C’est un travail qui va se faire avec tous les acteurs internes (étudiants, corps professoral et chercheurs, instituts de Ra&D, collaborateurs, divers services et groupes transversaux,) et qui permettra de positionner la HEIG-VD comme un acteur leader en matière d’innovation.

Le troisième pilier concerne la représentation de la HEIG-VD auprès des différentes instances de l’innovation de l’écosystème vaudois, régional voir national.

Quelle importance accorde la HEIG-VD à l’innovation ?
L’innovation est au cœur même de la HEIG-VD. Sa mission est de favoriser l’innovation et la compétitivité des entreprises et de devenir leader dans le transfert des technologies et la conduite des processus d’innovation. La HEIG-VD est donc un acteur engagé autour des questions d’innovation. Parmi les forces sur lesquelles notre Ecole a mis l’accent, on trouve la transversalité, l’innovation et la responsabilité en tant qu’acteur engagé dans la société.

Quel est l’intérêt d’impliquer les usagers finaux dans des projets d’innovation ?
C’est difficile de répondre parce qu’il faut revenir à la typologie de l’origine de l’innovation. On peut identifier deux types d’innovation. On observe une innovation qui part de l’invention technologique (« Technology push » ou « Techno push ») pour aller vers le marché. C’est une innovation très présente dans l’ingénierie qui consiste à se concentrer dans un premier temps sur les technologies et de ne se poser qu’après la question des usages qu’on va pouvoir en faire. Cette forme d’innovation est importante parce qu’elle permet des « innovations de rupture » qui peuvent changer les paradigmes existants (le smartphone en est un bon exemple).

On observe aussi une autre typologie d’innovation, à savoir l’innovation qui part des besoins du marché (« Market pull » ou « Demand pull »). C’est moins souvent des innovations radicales mais plutôt des formes d’innovation incrémentale, modulaire ou des processus qui permettent d’identifier les problématiques rencontrées par les usagers et de trouver des solutions pérennes.

En moyenne, près de 80% des nouveaux produits lancés sur le marché n’ont pas de succès et disparaissent dans les deux années qui suivent leur lancement. Je pense que dans un monde qui est de plus en plus sensible aux questions de durabilité et d’économie circulaire, il en va de la responsabilité des entreprises de réfléchir à des solutions qui soient acceptées et adoptées par les usagers finaux. L’innovation centrée sur les usagers est née autour des années 2000 et elle permet justement d’améliorer l’adoption, et donc le succès des solutions innovantes qui sont proposées.

Je pense qu’une bonne innovation doit avoir un bon équilibre entre ces deux approches, l’invention technologique d’un côté et une innovation basée sur la compréhension de la valeur ajoutée pour les usagers de l’autre côté.

En regardant la pandémie du Covid-19, j’ai trouvé très intéressant de voir comment les usages en matière de numérique ont été accélérés. Les outils numériques devenaient centraux pour pouvoir garder le lien et étaient plus facilement adoptés par la population, ce qui montre comment l’adoption et les besoins des usagers peuvent vite changer en situation d’urgence.

Notre société connait un vieillissement démographique très rapide. Quel est l’intérêt d’innover dans le domaine du vieillissement de la population ?
Dans les prochaines années il y aura une telle augmentation des personnes de plus de 65 ans dans nos pays occidentaux que nous serons amenés naturellement à devoir repenser nos systèmes sociétaux et économiques. On devra trouver de nouvelles solutions pour faire face aux défis en matière de systèmes de santé, de marché de l’emploi, de retraite, etc. introduits par le vieillissement de la population.

Il y aura des nouveaux services et de nouvelles opportunités qui vont se créer et je trouve vraiment important d’anticiper parce qu’il y a des enjeux économiques et sociétaux là-derrière.

Est-ce qu’aujourd’hui il y a un réel intérêt pour la silver economy (économie des seniors) de la part des entreprises ?
Si on prend l’exemple français, on observe entre 200 et 250 startups françaises qui s’identifient comme faisant partie de la silver economy, ce qui montre un réel intérêt pour ce domaine.

Je pense que le marché des seniors est un marché qui peut apparaitre très attractif mais qui n’est pas évident car ce n’est pas facile d’amener la bonne solution au bon moment. Je pense par exemple qu’il y a beaucoup de solutions qui ont été développées ces dernières années en lien avec la télémédecine et la domotique mais qui rencontrent de grandes difficultés à être acceptées par le marché des seniors. Pour assurer l’acceptation de solutions, notamment en matière de numérique, la question de la co-création est importante aussi bien avec les seniors qu’avec les proches aidants qui jouent un rôle primordial. C’est tout un écosystème qu’il faut prendre en compte pour amener des solutions qui soient pérennes et qui prennent en considération la volonté d’autonomie des seniors qui se trouve souvent en antithèse avec ces systèmes de monitorage qui sont proposés et qui peuvent être perçus comme une intrusion très forte dans leur vie. Dans ce contexte, des plateformes comme le senior-lab peuvent jouer un rôle très important pour traduire les besoins des seniors auprès des entreprises et identifier comment ces technologies peuvent être amenées sur le marché des seniors.

Nathalie Nyffeler. Professeure HES ordinaire, Responsable Innovation et Entrepreneuriat à la HEIG-VD

Les expériences des seniors pendant le confinement comme source d’innovation ?

Les expériences des seniors pendant le confinement comme source d’innovation ?

Temps de lecture : 7 minutes

En cette période de crise sanitaire liée au coronavirus, les activités participatives du senior-lab ont dû être repensées. Les échanges par e-mail, les appels téléphoniques et les séances sur les plateformes de vidéoconférence se sont multipliés et permettent de garder un contact régulier avec la communauté des seniors. Le senior-lab a notamment profité de ces technologies pour mener des interviews à distance avec les membres de sa communauté. L’objectif de ces entretiens était d’en savoir plus sur comment les seniors interrogé-e-s vivaient cette situation inhabituelle et d’évaluer si des leçons pouvaient en être tirées en termes d’innovation, avec et pour les seniors.

Quelles conséquences aux mesures de confinement
En général, nous observons que les seniors interrogé-e-s affrontent positivement cette période. Elles et ils s’adaptent aux directives liées au coronavirus et réorganisent leurs activités avec esprit innovateur. Le résultat ? Les agendas sont encore plus chargés qu’avant le début de la crise, comme nous le témoigne Laurence Rohr, « Mon quotidien n’a jamais été aussi mouvementé que depuis qu’il y a le coronavirus, je suis des cours en ligne de gymnastique, je participe à un club de lecture, je fais un cours d’anglais, vraiment je ne m’ennuie pas même en vivant toute seule ». Cet avis est partagé par Gudrun Chable: « J’ai beaucoup à faire à la maison ainsi que pour mon association, je fais aussi des exercices de mémoire pour les cours que je donne et tout cela m’occupe assez. Je vis ça très bien ».

Nous assistons également à l’émergence de plusieurs initiatives de solidarité qui permettent à tout un chacun de trouver un soutien pour affronter cette période. Beaucoup de personnes de tout âge se portent bénévoles pour faire les courses, aller à la pharmacie ou garder les enfants. Les seniors interrogé-e-s jouent aussi, au sein de leur entourage, un rôle important à ne pas négliger. Certain-e-s assurent par exemple des cours par Skype aux enfants, ce qui permet d’apporter un soutien à l’éducation et un soulagement aux familles.

Le risque de stigmatisation
Toutefois, le revers de la médaille existe aussi. Le message des autorités porte souvent sur la population fragilisée, et en particulier les personnes de 65 ans et plus, avec des effets parfois négatifs en termes de stigmatisation de la part des générations plus jeunes. C’est ce que nous dit Gilbert Kislig au téléphone, « Il y a l’entraide que je vois, mais il a aussi la réprobation, c’est-à-dire que quand on voit des aîné-e-s faire des commissions dans les magasins, il y a une attitude de reproche ». Un sentiment partagé aussi par Liliane et Marcel Oberli qui estiment que l’attention centrée sur les seniors n’est pas autant justifiée, « On a peut-être mis les personnes âgées dans une situation faussement exagérée vis-à-vis des jeunes (…). Les personnes âgées sont peut-être plus sensibles à la réception du virus mais nombre de personnes âgées, dont nous faisons partie, respectent cette distance sociale et, de plus, au bénéfice d’une bonne santé, trouvent finalement que ça se passe bien ». Cet aspect est d’autant plus délicat que la programmation des médias est dédiée quasi exclusivement à la crise sanitaire. Cela est remarqué aussi par Michel Posse qui suggère de varier la programmation pour aider le public à mieux supporter le confinement, « Il y a une telle diffusion par le journal, par la télé et par la radio que ça devient un petit peu lourd (…) il faut éviter une sorte d’acharnement médiatique sur cette situation sinon on verse au bout d’un certain moment ».
Idées pour innover avec et pour les seniors
Cette période amène également beaucoup d’entre nous à utiliser pour la première fois des nouvelles solutions (par ex. achats en ligne, enseignement en ligne, etc.), voire à inventer de nouvelles solutions, pour répondre à des besoins nés ou modifiés par la crise sanitaire. C’est ce que nous montre l’exemple de Monique Richoz qui vient de découvrir « Terre vaudoise » (magasins de produits locaux), « Une belle surprise a été la découverte de « Terre vaudoise » qui, avec la Ville de Lausanne, a mis en place un système de courses avec livraison à domicile par « Vélocité » (livraison à vélo) (…) je trouve que cela ouvre une diversité, débouche aussi sur un savoir-faire local et me permet de bien renouer avec les artisans locaux, contact que je vais conserver pour l’après ». Dans ce cas, la synergie entre l’administration publique, les services de livraison à vélo et les magasins d’alimentation du terroir a permis de mettre sur pied un service, gratuit pour les 65 ans et plus, capable de répondre aux besoins des consommateurs tout en promouvant le marché local et le respect de l’environnement.

Un autre exemple de solution au temps du coronavirus concerne les visites des musées et les spectacles qui ont commencé à proposer des alternatives virtuelles. Monique Richoz a tenté cette expérience, « Des visites virtuelles de grands musées comme le Getty à Los Angeles ou le Louvre à Abou Dhabi (…) je n’irais peut-être pas visiter ces musées physiquement donc c’est une bonne chose qu’ils existent en visite virtuelle et ces visites, que j’avais laissées de côté parce que j’étais trop occupée à faire des visites physiques, je les découvre maintenant avec bonheur et c’est une chance de pouvoir nous déplacer ainsi sur internet ». Ces solutions permettent de participer à des activités culturelles tout en restant chez soi. Si cela rencontre un certain succès pendant le confinement actuel, ces solutions pourraient encore être utilisées après la crise, notamment, mais pas seulement, pour des personnes à mobilité réduite.

Ces solutions se basent souvent sur des technologies déjà existantes qui montrent aujourd’hui tout leur potentiel innovateur. En cette période de crise, ces technologies sont utilisées par un public de plus en plus hétérogène qui compte plusieurs seniors avec des compétences et des ressources très variées. Pour développer des technologies adaptées à cette hétérogénéité, le senior-lab estime nécessaire de continuer à promouvoir et valoriser l’avis et les expériences des seniors dans tout projet d’innovation. Cela permettra d’augmenter la convivialité des solutions et d’éviter une fracture numérique liée à l’âge.

Pour le senior-lab, les mesures liées au coronavirus représentent également un défi et une opportunité pour questionner et faire évoluer ses activités. Les méthodes participatives soutenues par le senior-lab sont testées à distance afin d’assurer que l’avis des seniors soit toujours pris en considération dans le développement de solutions innovantes. C’est ainsi que le senior-lab a par exemple crée sa newsletter pendant ces semaines de confinement. La consultation à distance de plusieurs seniors a permis de comprendre les contenus et la forme que celle-ci doit prendre et, en même temps, de constituer un groupe éditorial composé de seniors qui va accompagner et proposer des contenus pour les prochaines éditions de la newsletter.

Reproduire les activités de co-création en présentiel et la convivialité qui se crée lors de ces moments n’est évidemment pas une chose aisée, mais le senior-lab veut continuer ce travail de réflexion autour de la participation des aîné-e-s avec tous les acteurs concernés et saisir les opportunités données pour valoriser ses activités d’innovation avec et pour les seniors.

Entretien avec Anna Golisciano, coordinatrice du senior-lab

Entretien avec Anna Golisciano, coordinatrice du senior-lab

Temps de lecture : 4 minutes

Anna Golisciano, coordinatrice du senior-lab, nous parle des projets de co-création menés avec et pour les seniors et du rôle que chaque aîné·e peut y jouer.

Anna Golisciano, comment présenteriez-vous le senior-lab à un·e senior pour lui donner envie de rejoindre sa communauté ?

La mission du senior-lab (SL) est de développer des produits, services et technologies qui favorisent une meilleure qualité de vie des seniors.

Au sein de l’équipe, nous sommes convaincu·e·s qu’aucune innovation réussie ne peut voir le jour sans la participation de celles et ceux à qui elle est destinée. C’est pour ça que nous avons choisi de fonctionner selon les principes d’un Living Lab ou, pour le dire en français, d’un laboratoire vivant, c’est-à-dire un lieu de rencontre et d’échange entre tous les acteurs concernés par une thématique donnée. Les seniors font bien sûr partie intégrante de ce dispositif, ils en sont même le centre !

Intégrer la communauté des seniors du SL représente une occasion unique de prendre part à des projets d’innovation avec des chercheur·e·s, mais aussi des représentant·e·s de collectivités publiques, d’entreprises et d’associations. A travers ces rencontres, vous pouvez influencer ces professionnel·le·s pour une meilleure prise en compte de vos attentes.

Concrètement, en tant que membre de la communauté, vous recevez des invitations à participer à des recherches, à des groupes de travail ou à des ateliers de réflexion. La participation est gratuite et il n’y a aucune obligation. C’est vous qui choisissez à quelles activités vous participez.

Vous recevez également la newsletter du senior-lab pour être informé·e des avancées des projets. Et si vous avez l’âme d’un·e journaliste, pourquoi ne pas intégrer le groupe éditorial composé de seniors ?

Qu’est-ce qu’un·e senior peut amener au senior-lab ?

Pour participer au senior-lab, aucune connaissance particulière n’est nécessaire. Il faut simplement avoir envie de partager ses expériences et ses constats quotidiens, de parler de ses préoccupations, mais aussi de ses attentes et de ses aspirations.

Toutes les personnes dès 65 ans sont les bienvenues, indépendamment de leur formation ou de la profession qu’elles ont exercée. Les connaissances scientifiques, c’est l’affaire de nos équipes de recherche ! Les membres seniors, eux, ont plutôt la mission de les interpeller sur leurs propres besoins et d’apporter un regard critique sur les idées développées au sein du SL afin de co-créer ensemble les solutions les mieux adaptées aux attentes des aîné·e·s.

Je sais que pour certain·e·s, le contexte académique peut être intimidant, surtout si on n’a pas fréquenté les bancs universitaires dans sa jeunesse. Mon souhait est que le senior-lab soit avant tout un lieu convivial où parler de sujets importants avec une certaine légèreté et la conviction que les expériences de chacun·e peuvent être utiles à d’autres.

Avez-vous un exemple concret d’activité ou de projet avec les seniors que vous aimeriez partager ?

Pour ces deux premières années d’activité, le senior-lab a décidé de se consacrer à la thématique de la mobilité. Plusieurs projets avaient été menés au cours de la phase pilote et la mobilité est toujours revenue comme un sujet préoccupant particulièrement les personnes âgées.

En novembre dernier, nous avons organisé un atelier participatif réunissant des chercheur·e·s des HES (notamment des économistes, des ingénieurs, des designers et des professionnel-le-s de la santé) et des représentant·e·s de communes vaudoises, du canton, d’entreprises de transports locales et du milieu associatif. Et bien sûr, les membres seniors de notre communauté ont également été invités à y prendre part.

Cette rencontre avait pour objectif de proposer un début de réflexion participative, avec l’ensemble des acteurs concernés, autour des défis liés à la mobilité des seniors. Pour le senior-lab, c’était une opportunité de valoriser ses méthodes de travail et leur potentiel en termes de créativité et d’innovation.

Au cours de cette rencontre, j’ai eu l’occasion d’animer les discussions au sein d’un des groupes. Ce qui était particulièrement intéressant était de voir à quel point les participant·e·s étaient à l’écoute les un·e des autres, alors que chacun faisait face à des enjeux très différents en termes de mobilité.

Pour les seniors, un des points forts de cette rencontre était la possibilité de discuter avec les représentant·e·s des transports publics. Les personnes âgées, pour la plupart, se déplacent régulièrement en bus et avaient donc beaucoup de suggestions sur ce qui pouvait être amélioré. Mais cette rencontre était aussi l’occasion de dire à quel point ce service était apprécié et utile.

La réflexion sur la mobilité se poursuit en 2020 avec un événement public qui se déroulera en novembre, si la situation du COVID-19 le permet.

Anna Golisciano, coordinatrice du senior-lab jusqu’en 2021

Entretien avec Baptiste Udriot – Suisse solidaire et responsable

Entretien avec Baptiste Udriot – Suisse solidaire et responsable

Interview avec Baptiste Udriot, co-fondateur de www.suisseresponsable.ch, une plateforme suisse qui promeut l’entraide au temps du coronavirus.

Monsieur Udriot, comment est née l’idée de créer la plateforme “Suisse solidaire et responsable” ?
La plateforme “Suisse solidaire et responsable” est née de l’urgence totale dans laquelle le Pays a été plongé lors des premières mesures éditées par le Conseil fédéral. Dans notre entreprise G-Visuel nous avons constaté que cette situation allait perdurer et nous avons décidé de nous rendre utiles. C’est ainsi qu’est née l’idée de cette plateforme qui permet aux gens de s’entraider dans cette situation de crise.

Les gens qui s’inscrivent à cette plateforme acceptent d’apparaître sur une carte de la Suisse avec leur nom, leur numéro de téléphone et les tâches qu’ils seraient prêts à accomplir pour aider. Cela permet à ceux qui en ont besoins de trouver très rapidement autour d’eux quelqu’un de disponible pour les aider.

La deuxième étape c’était de classer par catégorie les gens qui s’inscrivent. Les bénévoles qui ne possèdent pas de diplôme dans les soins apparaissent en rouge sur la carte et les bénévoles qui ont un diplôme dans les soins apparaissent en bleu. Ces deux listes sont ensuite renvoyées aux organisations cantonales qui gérent les bénévoles et aux services de la santé publique.

Comment faut-il faire pour s’inscrire ?
Vous pouvez aller vous inscrire directement sur la plateforme www.suisseresponsable.ch. Une application pour smartphone est aussi déjà prête pour Iphone et Android.

Pour ceux qui n’utilisent pas internet ou le smartphone, sur notre site il y a la possibilité de télécharger une feuille qui peut être imprimée et affichée à la porte d’entrée du batiment ou sur la boîte aux lettres. Cela permet d’informer nos voisins qu’on est disponibles pour les aider.

Comment assurez-vous la sécurité et la santé à la fois des bénévoles inscrits et des bénéficiaires de l’aide ?
Nous avons publié sur notre plateforme les règles d’hygiène à suivre et nous incitons les personnes qui s’entraident à les lire et les respecter. Nous avons aussi publié une carte Suisse où vous pouvez cliquer sur votre canton et vous vous retrouvez sur la page officielle de l’autorité cantonale avec toutes les informations nécessaires.

Dans l’avenir, voyez-vous déjà une façon de pérenniser cette initiative ?
Je pense qu’on est dans une crise extrêmement grave et il y aura aussi une après crise où il y aura beaucoup de gens qui auront besoin d’aide. Dans cet après-crise cette application peut être encore très utile. Nous avons mis en place une plateforme mais ce sont les gens qui font vivre la plateforme et cela est magnifique.

Entretien avec Olivier Ertz – MoDos

Entretien avec Olivier Ertz – MoDos

Temps de lecture : 4 minutes

Olivier Ertz est professeur responsable de la filière Ingénierie des Médias à la HEIG-VD. Avec une équipe de recherche issue des diverses Hautes Ecoles romandes et du senior-lab, il mène le projet Mobilité Douce des Seniors (MoDoS).

Professeur Olivier Ertz, pouvez-vous nous présenter brièvement les défis du projet MoDoS ?
La mobilité pédestre est facteur d’autonomie, de bien-être, de santé, et elle doit être encouragée à tous les âges. D’un côté, l’espace public urbain doit être adapté autant que faire se peut. D’un autre côté, c’est à l’usager de s’adapter avec ses contraintes propres de marcheur.

MoDoS se focalisant sur la mobilité urbaine pédestre d’une population amenée à croître, les seniors, Le premier défi à souligner concerne notre capacité à modéliser le comportement du piéton senior pour qualifier les tronçons d’un réseau pédestre selon un niveau de service pour senior. A partir de ce modèle, le principal défi concerne alors véritablement la capacité de collecter les données du terrain, toutes ces caractéristiques utiles qui ne sont jamais prises en compte quand vous utilisez un classique outil qui vous calcule l’itinéraire d’un lieu de départ à un lieu d’arrivée, le plus court, le moins onéreux, éventuellement le plus pittoresque. Pour MoDoS, il importe de connaître la largeur de trottoir, la présence d’obstacle, l’absence d’abaissement de trottoir, la présence d’un îlot de traverse, voire la durée d’un feu de passage piéton ou même si tel ou tel tronçon pédestre est fortement incliné, ombragé, relativement calme, avec banc pour une pause, autrement dit tout ce qui participe positivement ou négativement à l’expérience piétonne du senior. En découle un troisième défi, celui de garantir la qualité des données, dont notamment son actualité, et ce afin que l’outil de calcul d’itinéraire fournisse des résultats fiables, c’est-à-dire un outil auquel on peut se fier.

Pourquoi les ingénieurs ont-ils décidé de travailler en collaboration avec les seniors, par le biais du COSY et du senior-lab notamment ?
Bien sûr, pour définir un modèle de niveau de service pour le déplacement des seniors en milieu urbain, ce sont les usagers seniors qui le pratiquent qui le connaissent le mieux. Aussi, c’est la méthodologie centrée-utilisateur qui nous amène à mettre le futur utilisateur senior au coeur du projet, pour concevoir un outil numérique appropriable, utilisable et qui réponde au besoin. Mais surtout la collaboration avec les seniors participe de l’approche générale du projet, celle de compter sur et d’encourager la participation citoyenne. En effet, si nous souhaitons développer des outils logiciels, des algorithmes comme on aime à dire aujourd’hui, avec une certaine intelligence, le dispositif a besoin de l’humain pour fonctionner, de la collecte et mise à jour des données de terrain à la validation des résultats automatiques générés. Comme nous avons décidé de sélectionner des tronçons-pilotes au coeur d’Yverdon-les-Bains, le COSY et le senior-lab ont été les deux partenaires naturels de notre projet.

A quoi ressemblera cette collaboration, concrètement ?
Pour le projet MoDoS, il est d’abord prévu d’impliquer des seniors du COSY pour un atelier terrain dit « atelier promenade » afin de recueillir des informations sur le comportement du piéton senior au coeur de la ville d’Yverdon-les-Bains et identifier des obstacles sur l’environnement piétonnier. S’en suit un atelier de synthèse qui doit permettre d’étoffer encore l’analyse et de dégager les premiers paramètres du modèle. Entretiens, observations, tests utilisateurs, questionnaires sont aussi tous les outils méthodologiques qui nécessitent l’implication des seniors tout au long du processus de conception du produit final. En cela, MoDoS représente une opportunité pour les seniors de s’engager dans un projet de Ra&D typique de ce qui se fait dans une HES, et c’est une superbe opportunité pour les HES de déployer des projets de science citoyenne et participative.

Olivier Ertz, professeur à la HEIG-VD