Entretien avec Nathalie Nyffeler – HEIG-VD

Entretien avec Nathalie Nyffeler – HEIG-VD

Temps de lecture : 5 minutes

Professeure à la Haute Ecole d’Ingénierie et de Gestion du Canton de Vaud (HEIG-VD) et experte des questions de marketing et innovation, Nathalie Nyffeler a récemment pris ses fonctions en tant que responsable de la cellule Innovation et Entrepreneuriat à la HEIG-VD.

Nathalie Nyffeler, vous avez récemment pris le poste de responsable de la cellule Innovation et Entrepreneuriat à la HEIG-VD. De quoi allez-vous vous occuper ?
Mon travail s’articule autour de trois piliers. Le premier pilier est lié à l’entrepreneuriat. L’idée est de transformer les technologies et les compétences qui existent dans les instituts de recherche de la HEIG-VD en innovations pérennes. Dans un premier temps, on va identifier les technologies et les porteurs de projet qui ont la maturité nécessaire pour pouvoir intégrer un incubateur d’entreprises (structure d’accompagnement de projets de création d’entreprises), comme par exemple celui d’Yverdon-les-Bains, le Y-START. Pour ce faire, on a un pré-incubateur à la HEIG-VD qui s’appelle STarmac et qui permet de stimuler et d’accompagner les projets d’innovation. Mon rôle est d’identifier les talents, les compétences et les projets qui ont le potentiel pour intégrer notre pépinière (STarmac) et de les préparer à rejoindre un incubateur comme celui à l’Y-PARC d’Yverdon, une fois qu’ils sont suffisamment solides.

Un deuxième pilier concerne le renforcement de la culture de l’innovation au sein de la HEIG-VD. C’est un travail qui va se faire avec tous les acteurs internes (étudiants, corps professoral et chercheurs, instituts de Ra&D, collaborateurs, divers services et groupes transversaux,) et qui permettra de positionner la HEIG-VD comme un acteur leader en matière d’innovation.

Le troisième pilier concerne la représentation de la HEIG-VD auprès des différentes instances de l’innovation de l’écosystème vaudois, régional voir national.

Quelle importance accorde la HEIG-VD à l’innovation ?
L’innovation est au cœur même de la HEIG-VD. Sa mission est de favoriser l’innovation et la compétitivité des entreprises et de devenir leader dans le transfert des technologies et la conduite des processus d’innovation. La HEIG-VD est donc un acteur engagé autour des questions d’innovation. Parmi les forces sur lesquelles notre Ecole a mis l’accent, on trouve la transversalité, l’innovation et la responsabilité en tant qu’acteur engagé dans la société.

Quel est l’intérêt d’impliquer les usagers finaux dans des projets d’innovation ?
C’est difficile de répondre parce qu’il faut revenir à la typologie de l’origine de l’innovation. On peut identifier deux types d’innovation. On observe une innovation qui part de l’invention technologique (« Technology push » ou « Techno push ») pour aller vers le marché. C’est une innovation très présente dans l’ingénierie qui consiste à se concentrer dans un premier temps sur les technologies et de ne se poser qu’après la question des usages qu’on va pouvoir en faire. Cette forme d’innovation est importante parce qu’elle permet des « innovations de rupture » qui peuvent changer les paradigmes existants (le smartphone en est un bon exemple).

On observe aussi une autre typologie d’innovation, à savoir l’innovation qui part des besoins du marché (« Market pull » ou « Demand pull »). C’est moins souvent des innovations radicales mais plutôt des formes d’innovation incrémentale, modulaire ou des processus qui permettent d’identifier les problématiques rencontrées par les usagers et de trouver des solutions pérennes.

En moyenne, près de 80% des nouveaux produits lancés sur le marché n’ont pas de succès et disparaissent dans les deux années qui suivent leur lancement. Je pense que dans un monde qui est de plus en plus sensible aux questions de durabilité et d’économie circulaire, il en va de la responsabilité des entreprises de réfléchir à des solutions qui soient acceptées et adoptées par les usagers finaux. L’innovation centrée sur les usagers est née autour des années 2000 et elle permet justement d’améliorer l’adoption, et donc le succès des solutions innovantes qui sont proposées.

Je pense qu’une bonne innovation doit avoir un bon équilibre entre ces deux approches, l’invention technologique d’un côté et une innovation basée sur la compréhension de la valeur ajoutée pour les usagers de l’autre côté.

En regardant la pandémie du Covid-19, j’ai trouvé très intéressant de voir comment les usages en matière de numérique ont été accélérés. Les outils numériques devenaient centraux pour pouvoir garder le lien et étaient plus facilement adoptés par la population, ce qui montre comment l’adoption et les besoins des usagers peuvent vite changer en situation d’urgence.

Notre société connait un vieillissement démographique très rapide. Quel est l’intérêt d’innover dans le domaine du vieillissement de la population ?
Dans les prochaines années il y aura une telle augmentation des personnes de plus de 65 ans dans nos pays occidentaux que nous serons amenés naturellement à devoir repenser nos systèmes sociétaux et économiques. On devra trouver de nouvelles solutions pour faire face aux défis en matière de systèmes de santé, de marché de l’emploi, de retraite, etc. introduits par le vieillissement de la population.

Il y aura des nouveaux services et de nouvelles opportunités qui vont se créer et je trouve vraiment important d’anticiper parce qu’il y a des enjeux économiques et sociétaux là-derrière.

Est-ce qu’aujourd’hui il y a un réel intérêt pour la silver economy (économie des seniors) de la part des entreprises ?
Si on prend l’exemple français, on observe entre 200 et 250 startups françaises qui s’identifient comme faisant partie de la silver economy, ce qui montre un réel intérêt pour ce domaine.

Je pense que le marché des seniors est un marché qui peut apparaitre très attractif mais qui n’est pas évident car ce n’est pas facile d’amener la bonne solution au bon moment. Je pense par exemple qu’il y a beaucoup de solutions qui ont été développées ces dernières années en lien avec la télémédecine et la domotique mais qui rencontrent de grandes difficultés à être acceptées par le marché des seniors. Pour assurer l’acceptation de solutions, notamment en matière de numérique, la question de la co-création est importante aussi bien avec les seniors qu’avec les proches aidants qui jouent un rôle primordial. C’est tout un écosystème qu’il faut prendre en compte pour amener des solutions qui soient pérennes et qui prennent en considération la volonté d’autonomie des seniors qui se trouve souvent en antithèse avec ces systèmes de monitorage qui sont proposés et qui peuvent être perçus comme une intrusion très forte dans leur vie. Dans ce contexte, des plateformes comme le senior-lab peuvent jouer un rôle très important pour traduire les besoins des seniors auprès des entreprises et identifier comment ces technologies peuvent être amenées sur le marché des seniors.

Nathalie Nyffeler. Professeure HES ordinaire, Responsable Innovation et Entrepreneuriat à la HEIG-VD

Les seniors discutent de l’impact du covid-19 sur leurs habitudes

Les seniors discutent de l’impact du covid-19 sur leurs habitudes

Temps de lecture : 2 minutes

La crise du coronavirus et les mesures de protection de la population ont représenté un changement inédit dans la vie des seniors. Autant des contraintes que des opportunités se sont présentées et ont influencé le quotidien des seniors. Comment ont-ils vécu cette période ? Comment le Coronavirus a-t-il changé la vie des seniors et quelles sont les améliorations possibles pour les produits et les services qu’ils ont davantage utilisés pendant cette période ?

Jeudi 16 juillet 2020, le senior-lab a organisé un atelier de discussion sur l’impact de la crise du Covid-19 sur les habitudes des seniors. Les thématiques abordées étaient la mobilité, les achats et le lien social. En raison de la situation sanitaire, le nombre de participant-e-s était limité et le port du masque obligatoire.

Le seniors discutent des implications d’aujourd’hui avec un regard aux solutions de demain.

Les participant-es ont soulevé plusieurs problématiques qui ont fait l’objet d’une réflexion commune et participative. Les discussions se sont portées par exemple sur les files d’attente hors des magasins, l’adéquation des services de livraison à domicile, les abonnements des transports publics ou l’utilisation d’outils de vidéo-conférence avec les petits-enfants.

Parmi les idées d’amélioration discutées, nous trouvons la création de zones de repos dans les grands magasins, le développement d’outils de communication audio-visuels plus intuitifs et ludiques pour favoriser le lien intergénérationnel, ainsi que l’offre d’abonnements plus flexibles et modulables pour répondre à des exigences variables en termes de fréquence et parcours effectués.

Bien que marquée par des limitations importantes, la pandémie a donnée l’opportunité de questionner l’adéquation de certains produits et services aux besoins des seniors. Des pistes de réflexion ont pu ainsi être identifiées et explorées.

Reprise des échanges avec le Stabbi’lab d’Annecy

Reprise des échanges avec le Stabbi’lab d’Annecy

Temps de lecture : 1 minute

Dans le cadre de sa participation au projet Interreg Autonomie 2020, le senior-lab avait entrepris une collaboration fructueuse avec le Stabbi’lab, un laboratoire vivant intégré au Centre hospitalier d’Annecy.

Les travaux du Stabbi’lab ont un focus sur la prévention des chutes dans une perspective gérontologique. Par le biais de cette thématique, les liens à faire avec les activités du senior-lab sont nombreux. C’est pour cette raison que la fin du projet Interreg ne devait pas signifier la fin de la collaboration entre nos deux structures.

Le Stabbi’lab vient d’engager sa responsable, Kathleen Duclos, qui sera en charge du développement du laboratoire et de ses partenariats. Son arrivée est évidemment l’occasion de reprendre les discussions sur les collaborations possibles entre le senior-lab et le Stabbi’lab. Un premier échange a eu lieu cette semaine entre notre coordinatrice, Anna Golisciano, le responsable des relations avec la communauté du SL, Rafael Fink, et la responsable du Stabbi’lab.

Des nombreuses idées ont émergées, dont une qui pourrait se concrétiser bientôt, celle d’organiser des conférences en commun pour approfondir des thématiques qui tiennent à cœur à nos deux laboratoires.

Nous nous réjouissons déjà de cette perspective !

Entretien avec Anna Golisciano, coordinatrice du senior-lab

Entretien avec Anna Golisciano, coordinatrice du senior-lab

Temps de lecture : 4 minutes

Anna Golisciano, coordinatrice du senior-lab, nous parle des projets de co-création menés avec et pour les seniors et du rôle que chaque aîné·e peut y jouer.

Anna Golisciano, comment présenteriez-vous le senior-lab à un·e senior pour lui donner envie de rejoindre sa communauté ?

La mission du senior-lab (SL) est de développer des produits, services et technologies qui favorisent une meilleure qualité de vie des seniors.

Au sein de l’équipe, nous sommes convaincu·e·s qu’aucune innovation réussie ne peut voir le jour sans la participation de celles et ceux à qui elle est destinée. C’est pour ça que nous avons choisi de fonctionner selon les principes d’un Living Lab ou, pour le dire en français, d’un laboratoire vivant, c’est-à-dire un lieu de rencontre et d’échange entre tous les acteurs concernés par une thématique donnée. Les seniors font bien sûr partie intégrante de ce dispositif, ils en sont même le centre !

Intégrer la communauté des seniors du SL représente une occasion unique de prendre part à des projets d’innovation avec des chercheur·e·s, mais aussi des représentant·e·s de collectivités publiques, d’entreprises et d’associations. A travers ces rencontres, vous pouvez influencer ces professionnel·le·s pour une meilleure prise en compte de vos attentes.

Concrètement, en tant que membre de la communauté, vous recevez des invitations à participer à des recherches, à des groupes de travail ou à des ateliers de réflexion. La participation est gratuite et il n’y a aucune obligation. C’est vous qui choisissez à quelles activités vous participez.

Vous recevez également la newsletter du senior-lab pour être informé·e des avancées des projets. Et si vous avez l’âme d’un·e journaliste, pourquoi ne pas intégrer le groupe éditorial composé de seniors ?

Qu’est-ce qu’un·e senior peut amener au senior-lab ?

Pour participer au senior-lab, aucune connaissance particulière n’est nécessaire. Il faut simplement avoir envie de partager ses expériences et ses constats quotidiens, de parler de ses préoccupations, mais aussi de ses attentes et de ses aspirations.

Toutes les personnes dès 65 ans sont les bienvenues, indépendamment de leur formation ou de la profession qu’elles ont exercée. Les connaissances scientifiques, c’est l’affaire de nos équipes de recherche ! Les membres seniors, eux, ont plutôt la mission de les interpeller sur leurs propres besoins et d’apporter un regard critique sur les idées développées au sein du SL afin de co-créer ensemble les solutions les mieux adaptées aux attentes des aîné·e·s.

Je sais que pour certain·e·s, le contexte académique peut être intimidant, surtout si on n’a pas fréquenté les bancs universitaires dans sa jeunesse. Mon souhait est que le senior-lab soit avant tout un lieu convivial où parler de sujets importants avec une certaine légèreté et la conviction que les expériences de chacun·e peuvent être utiles à d’autres.

Avez-vous un exemple concret d’activité ou de projet avec les seniors que vous aimeriez partager ?

Pour ces deux premières années d’activité, le senior-lab a décidé de se consacrer à la thématique de la mobilité. Plusieurs projets avaient été menés au cours de la phase pilote et la mobilité est toujours revenue comme un sujet préoccupant particulièrement les personnes âgées.

En novembre dernier, nous avons organisé un atelier participatif réunissant des chercheur·e·s des HES (notamment des économistes, des ingénieurs, des designers et des professionnel-le-s de la santé) et des représentant·e·s de communes vaudoises, du canton, d’entreprises de transports locales et du milieu associatif. Et bien sûr, les membres seniors de notre communauté ont également été invités à y prendre part.

Cette rencontre avait pour objectif de proposer un début de réflexion participative, avec l’ensemble des acteurs concernés, autour des défis liés à la mobilité des seniors. Pour le senior-lab, c’était une opportunité de valoriser ses méthodes de travail et leur potentiel en termes de créativité et d’innovation.

Au cours de cette rencontre, j’ai eu l’occasion d’animer les discussions au sein d’un des groupes. Ce qui était particulièrement intéressant était de voir à quel point les participant·e·s étaient à l’écoute les un·e des autres, alors que chacun faisait face à des enjeux très différents en termes de mobilité.

Pour les seniors, un des points forts de cette rencontre était la possibilité de discuter avec les représentant·e·s des transports publics. Les personnes âgées, pour la plupart, se déplacent régulièrement en bus et avaient donc beaucoup de suggestions sur ce qui pouvait être amélioré. Mais cette rencontre était aussi l’occasion de dire à quel point ce service était apprécié et utile.

La réflexion sur la mobilité se poursuit en 2020 avec un événement public qui se déroulera en novembre, si la situation du COVID-19 le permet.

Anna Golisciano, coordinatrice du senior-lab jusqu’en 2021

Entretien avec Baptiste Udriot – Suisse solidaire et responsable

Entretien avec Baptiste Udriot – Suisse solidaire et responsable

Interview avec Baptiste Udriot, co-fondateur de www.suisseresponsable.ch, une plateforme suisse qui promeut l’entraide au temps du coronavirus.

Monsieur Udriot, comment est née l’idée de créer la plateforme “Suisse solidaire et responsable” ?
La plateforme “Suisse solidaire et responsable” est née de l’urgence totale dans laquelle le Pays a été plongé lors des premières mesures éditées par le Conseil fédéral. Dans notre entreprise G-Visuel nous avons constaté que cette situation allait perdurer et nous avons décidé de nous rendre utiles. C’est ainsi qu’est née l’idée de cette plateforme qui permet aux gens de s’entraider dans cette situation de crise.

Les gens qui s’inscrivent à cette plateforme acceptent d’apparaître sur une carte de la Suisse avec leur nom, leur numéro de téléphone et les tâches qu’ils seraient prêts à accomplir pour aider. Cela permet à ceux qui en ont besoins de trouver très rapidement autour d’eux quelqu’un de disponible pour les aider.

La deuxième étape c’était de classer par catégorie les gens qui s’inscrivent. Les bénévoles qui ne possèdent pas de diplôme dans les soins apparaissent en rouge sur la carte et les bénévoles qui ont un diplôme dans les soins apparaissent en bleu. Ces deux listes sont ensuite renvoyées aux organisations cantonales qui gérent les bénévoles et aux services de la santé publique.

Comment faut-il faire pour s’inscrire ?
Vous pouvez aller vous inscrire directement sur la plateforme www.suisseresponsable.ch. Une application pour smartphone est aussi déjà prête pour Iphone et Android.

Pour ceux qui n’utilisent pas internet ou le smartphone, sur notre site il y a la possibilité de télécharger une feuille qui peut être imprimée et affichée à la porte d’entrée du batiment ou sur la boîte aux lettres. Cela permet d’informer nos voisins qu’on est disponibles pour les aider.

Comment assurez-vous la sécurité et la santé à la fois des bénévoles inscrits et des bénéficiaires de l’aide ?
Nous avons publié sur notre plateforme les règles d’hygiène à suivre et nous incitons les personnes qui s’entraident à les lire et les respecter. Nous avons aussi publié une carte Suisse où vous pouvez cliquer sur votre canton et vous vous retrouvez sur la page officielle de l’autorité cantonale avec toutes les informations nécessaires.

Dans l’avenir, voyez-vous déjà une façon de pérenniser cette initiative ?
Je pense qu’on est dans une crise extrêmement grave et il y aura aussi une après crise où il y aura beaucoup de gens qui auront besoin d’aide. Dans cet après-crise cette application peut être encore très utile. Nous avons mis en place une plateforme mais ce sont les gens qui font vivre la plateforme et cela est magnifique.

Entretien avec Olivier Ertz – MoDos

Entretien avec Olivier Ertz – MoDos

Temps de lecture : 4 minutes

Olivier Ertz est professeur responsable de la filière Ingénierie des Médias à la HEIG-VD. Avec une équipe de recherche issue des diverses Hautes Ecoles romandes et du senior-lab, il mène le projet Mobilité Douce des Seniors (MoDoS).

Professeur Olivier Ertz, pouvez-vous nous présenter brièvement les défis du projet MoDoS ?
La mobilité pédestre est facteur d’autonomie, de bien-être, de santé, et elle doit être encouragée à tous les âges. D’un côté, l’espace public urbain doit être adapté autant que faire se peut. D’un autre côté, c’est à l’usager de s’adapter avec ses contraintes propres de marcheur.

MoDoS se focalisant sur la mobilité urbaine pédestre d’une population amenée à croître, les seniors, Le premier défi à souligner concerne notre capacité à modéliser le comportement du piéton senior pour qualifier les tronçons d’un réseau pédestre selon un niveau de service pour senior. A partir de ce modèle, le principal défi concerne alors véritablement la capacité de collecter les données du terrain, toutes ces caractéristiques utiles qui ne sont jamais prises en compte quand vous utilisez un classique outil qui vous calcule l’itinéraire d’un lieu de départ à un lieu d’arrivée, le plus court, le moins onéreux, éventuellement le plus pittoresque. Pour MoDoS, il importe de connaître la largeur de trottoir, la présence d’obstacle, l’absence d’abaissement de trottoir, la présence d’un îlot de traverse, voire la durée d’un feu de passage piéton ou même si tel ou tel tronçon pédestre est fortement incliné, ombragé, relativement calme, avec banc pour une pause, autrement dit tout ce qui participe positivement ou négativement à l’expérience piétonne du senior. En découle un troisième défi, celui de garantir la qualité des données, dont notamment son actualité, et ce afin que l’outil de calcul d’itinéraire fournisse des résultats fiables, c’est-à-dire un outil auquel on peut se fier.

Pourquoi les ingénieurs ont-ils décidé de travailler en collaboration avec les seniors, par le biais du COSY et du senior-lab notamment ?
Bien sûr, pour définir un modèle de niveau de service pour le déplacement des seniors en milieu urbain, ce sont les usagers seniors qui le pratiquent qui le connaissent le mieux. Aussi, c’est la méthodologie centrée-utilisateur qui nous amène à mettre le futur utilisateur senior au coeur du projet, pour concevoir un outil numérique appropriable, utilisable et qui réponde au besoin. Mais surtout la collaboration avec les seniors participe de l’approche générale du projet, celle de compter sur et d’encourager la participation citoyenne. En effet, si nous souhaitons développer des outils logiciels, des algorithmes comme on aime à dire aujourd’hui, avec une certaine intelligence, le dispositif a besoin de l’humain pour fonctionner, de la collecte et mise à jour des données de terrain à la validation des résultats automatiques générés. Comme nous avons décidé de sélectionner des tronçons-pilotes au coeur d’Yverdon-les-Bains, le COSY et le senior-lab ont été les deux partenaires naturels de notre projet.

A quoi ressemblera cette collaboration, concrètement ?
Pour le projet MoDoS, il est d’abord prévu d’impliquer des seniors du COSY pour un atelier terrain dit « atelier promenade » afin de recueillir des informations sur le comportement du piéton senior au coeur de la ville d’Yverdon-les-Bains et identifier des obstacles sur l’environnement piétonnier. S’en suit un atelier de synthèse qui doit permettre d’étoffer encore l’analyse et de dégager les premiers paramètres du modèle. Entretiens, observations, tests utilisateurs, questionnaires sont aussi tous les outils méthodologiques qui nécessitent l’implication des seniors tout au long du processus de conception du produit final. En cela, MoDoS représente une opportunité pour les seniors de s’engager dans un projet de Ra&D typique de ce qui se fait dans une HES, et c’est une superbe opportunité pour les HES de déployer des projets de science citoyenne et participative.

Olivier Ertz, professeur à la HEIG-VD